L’Installation « 52 entretiens dans une cuisine communautaire » d’Ilya Kabakov présentée au Capc de Bordeaux jusque janvier 2010

Deux œuvres majeures des Kabakov sont présentées cette saison à Bordeaux. À l’occasion de l’inauguration de La Maison aux Personnages conçue par Emilia et Ilya Kabakov dans le cadre de la commande publique d’œuvres réalisées en accompagnement de la construction du tramway de l’agglomération, le Capc présente l’Installation, 52 entretiens dans une cuisine communautaire, qui débutera aujourd’hui, 9 novembre 2009, et se terminera le 3 janvier 2010.

Présentée pour la première fois en 1991 à Marseille, cette œuvre conçue entre 1970 et 1980 lorsque Ilya Kabakov vivait encore à Moscou, évoque ainsi la vie quotidienne, dans un logement collectif, sous le régime soviétique : co-location subie, promiscuité, la cuisine est le point de rencontre des habitants qui préfèrent s’ignorer pour ne pas perdre toute intimité. Cette pièce a été acquise par le Fonds Régional d’Art Contemporain de Bretagne.

L’installation a été élaborée à partir de cinquante-deux photos réalisées dans mon atelier à Moscou par Georgui Kiesewalter. Ce sont des photos en noir et blanc qui ont été prises de cinquante-deux tableaux et objets, sans éclairage particulier. Certains sont photographiés à leur place habituelle, d’autres ont été tirés de leur coin et amenés vers la lumière, et je les tiens pour qu’ils ne tombent pas pendant la prise de vue. Un jour, alors que j’étais déjà loin de chez moi (c’était mon premier séjour en Occident, je logeais chez mon vieil ami Yuri Kuper, à Paris), je passai en revue cette série de photos, et, subitement les souvenirs m’envahirent. Ils avaient trait non pas aux tableaux mais à ce qui figurait dans le champ à côté d’eux : la pénombre et la saleté de l’atelier, les caisses le long des murs, le vieux plancher et le plafond sombre, non crépi… Avec Yuri, nous décidâmes d’enregistrer cinquante-deux entretiens (un par photo) dans lesquels nous parlerions de l’univers où nous baignions tous, de l’atmosphère de notre vie moscovite. Chaque soir, nous nous installions devant le magnétophone : je posais une photo sur la table et nous évoquions ce que les thèmes représentés sur le tableau nous rappelaient de notre passé, les associations d’idées qu’ils provoquaient.

L’installation composée de ces entretiens et de ces photos se présentait ainsi : j’avais commandé cinquante-deux caisses qui, posées verticalement, constituaient des vitrines rappelant de loin des petits autels. Dans leur partie supérieure, dans une niche peu profonde, je mis une photo, que j’éclairai avec une ampoule de faible puissance. Devant cette niche se trouvait un présentoir incliné, une sorte de lutrin, sur lequel était posé le texte de l’entretien (deux ou trois feuilles) qui se rapportait à la photo. (…) La lumière était éteinte et le spectateur pouvait déambuler dans cet univers de souvenirs, passer les autels éclairés pour lire les textes et regarder à l’intérieur…

In Ilya Kabakov, Installations 1983-1995, catalogue, Éditions du Centre Georges Pompidou, Paris, 1995, page no 142.

Source : Ville de Bordeaux